Cultures et confiture

La culture sous toutes ses formes, un brin d'actu et un peu de pep's ! **********************************************************************

01 février 2007

Houellebecq et ongles

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On se plait, parfois, dans le préjugé. Après avoir recueilli quelques informations, paroles prononcées, images à charge, on se laisse glisser avec aisance et bonne conscience dans le plaisir de l'idée tranchée.
Le hasard des échanges, lectures, rencontres, modifie le regard. C'est alors que le plus intéressant démarre : tout repenser, sous les spotlights de notre lucidité nouvelle.

Je n'ai jamais cédé à la passion Houellebecq. Ni en bien ni en mal.
Je considérais, vite fait, les piles de livres arborant son nom, dans les librairies, les Fnac et les gares.
Je savais de ses textes ce qu'il y a à en savoir quand on en sait peu : l'intrigue, vaguement, les polémiques, évidemment. Un peu de tourisme sexuel, de sexe étrange, de littérature "au vitriol", comme on dit.
Quant à
le lire... J'en avais trop entendu. Trop de fouillis. Trop de babils.
Bref : la barbe.
Et puis le grand méchant homme, clopant à tout-va, toutou à ses pieds, ça va cinq minutes. Les images se mêlent un peu trop de littérature, comme si la TV pouvait nous aider à comprendre un auteur. Proust chez Guillaume Durand, je ne dis pas. Balzac chez Poivre, ça pourrait être sympa.
Mais Houellebecq ! Un homme que l'on pourrait croiser tous les matins en allant chercher le pain. Ses bouquins ne semblent guère aimables, on ne va pas croire que le type l'est davantage. Les yeux sont le miroir de l'âme... Les livres aussi, tout de même.

Et puis un jour (hier), mon préjugé, tout recroquevillé, engourdi, habitué à sa pose, s'est avisé de vérifier s'il était bien mis. Juste pour voir si l'auteur auquel il avait été consacré était si inintéressant qu'on le croyait - c'est à dire, pour moi.
Un coup d'oeil sur un Librio installé en bonne place, à l'entrée de la librairie. L'idée, l'envie, la curiosité vague de l'ouvrir et d'y voir de plus près. Stupeur. Je feuillète
Rester vivant, mince recueil de nouvelles, et le sourire me monte aux joues.
La nouvelle eponyme est une méthode à
l'usage des aspirants poètes. Pour eux, une seule manière d'accéder à l'Art : souffrir. Pas n'importe comment : en baver, se faire jeter, aimer sans retour, être timide aussi, ça crée de la sensibilité. Il ne faut pas aller trop loin, non plus : la clochardisation est recommandée, on peut vivre aux crochets des potes ou des alloc', mais interdiction de mourir ! "Un poète mort n'écrit plus. D'où l'importance de rester vivant."

Mon préjugé, tout penaud de se trouver charmé par la prose de Monsieur, s'est est allé prendre quelques vacances. Pour ne pas rester seul, il est parti rejoindre un autre pote aux idées tranchées. A ce que j'en sais, ils luttent tous les deux contre ce léger préjugé que je nourris (honte à moi), à l'encontre de Christine Angot... Il m'est avis qu'ils ne seront pas trop de deux !

En attendant son retour, je m'amuse du cynisme amusant de Houellebecq. Pas sûr que je devienne une réelle amatrice, ni même que je lise tous ses autres livres. Mais j'ai appris que le préjugé est non seulement le poison de l'intelligence, mais aussi celui de la joie de lire. Le bonheur peut-être en tout, même dans l'improbable. La vie est plutôt belle, du coup.

Rester vivant, et autres textes.
Michel Houellebecq
Librio, 2 euros.

Posté par GinaFizz à 11:32 - Séquence Livres - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    Faible femme influençable ?

    A chaque apparution de Houellebecq à la télé, je zappais car quelque chose m'indisposait !

    Quoi ? j'en sais rien, je n'ai pas cherché (attitude, façon de s'exprimer etc ... ?)

    Et donc ses écrits ne pouvaient en aucun cas m'attirer !
    Ils ne pouvaient être que comme lui !
    Indisposants.

    Mais ton avis (sur lequel je tombe au hasard, t'ayant découvert depuis un commentaire mis par toi sur un autre blog) a éveillé ma curiosité.

    Donc je vais peut-être me lancer.
    Par curiosité.

    Parfois j'aime bien être influencée

    Posté par LaCuillerEnBois, 05 février 2007 à 00:05
  • Souvent, femme varie...

    Bonjour !

    Je te remercie pour ton commentaire. C'est d'autant plus sympa pour moi, si j'ai réussi à titiller ta curiosité sur "le cas" Houellebecq.

    J'avoue être d'un naturel curieux et j'ai plutôt tendance à feuilleter un bouquin par moi-même pour me faire une idée.
    Mais concernant Houellebecq, je n'éprouvais même pas le besoin d'être juste.

    Je te conseille de regarder ce recueil de nouvelles (histoire de ne pas investir trop d'argent et de temps, pour commencer !). Je pensais trouver un style chaotique, vulgaire pour le plaisir, mal bidouillé.
    En fin de compte, il a une réelle élégance littéraire, une ironie très fine et un vrai point de vue sur la modernité. (Mes textes préférés : "Rester vivant",Aproches du désarroi" et "la Fête".)

    Si tu te lances, je serais curieuse de connaître ton avis.

    Posté par GinaFizz, 05 février 2007 à 10:43
  • vis à vis de Michel Houellebecq, j'ai eu à peu près la même "trajectoire" que toi : indifférence au début puis curiosité progressive, d'abord parce que l'excessive agressivité médiatique à son encontre m'a interpellé puis parce que j'ai connu justement Rester Vivant (dont j'apprécie les conclusions même si je ne partage pas l'ensemble des à-priori péjoratifs).
    J'ai lu ensuite 3 de ses romans mais ce que je préfère sous sa plume, ce sont plusieurs de ses poèmes...

    Posté par Jef (20six), 06 février 2007 à 10:17
  • Bonjour Jef !

    Je vois que nous avons suivi les mêmes chemins, menant à Houellebecq !

    Là, je m'apprête à lire "Les particules élémentaires", pour voir ce qu'il en est de son plus fameux roman.
    Sinon, j'ai découvert quelques uns de ses poèmes dans "Rester vivant", mais je ne savais pas qu'il en écrivait. Tu as connaissance d'autres textes ou recueils poétiques ?

    Bonne journée !

    (Au fait, ta page web semble indisponible. J'aurais été curieuse de voir ton blog, si tu en as un ?)

    Posté par GinaFizz, 06 février 2007 à 11:07
  • il a déjà plusieurs années, est paru en livre de poche (collection "J'ai lu" je crois...) , un recueil d'au moins une centaine de poèmes de Michel Houellebecq.
    A peu près à la même époque (ça doit remonter au printemps 2000, il me semble), est sorti un CD 10 titres sur lesquels il fredonne 10 de ses poèmes sur de belles musiques (tantôt pop lascives, tantôt style Kraftwerk...)de son copain Burgalat.
    Niveau romans, si en 3 jours j'avais lu Plateforme sans forcer et, tout aussi souplement, en à peine 3 heures Extension du domaine de la lutte, il m'a fallut au moins 2 semaines pour aller au bout de Les Particules Elémentaires, cela notamment par que son contenu n'est pas que narratif, n'est pas que du récit...
    Et puis, ça m'a fait bien plaisir de voir que tu avais enfin pu accéder à mon blog (d'ailleurs, ton com m'intrigue... connaitrais-tu Marseille ?), lequel s'est retrouvé, comme l'ensemble de 20six francophone, en total bug le week-end dernier ainsi que mardi matin...

    Posté par Jef (20six), 08 février 2007 à 11:18
  • Décidément

    tu m'apprends des choses intéressantes ! Je serais vraiment curieuse d'entendre ces poèmes fredonnés... Je vais essayer de me renseigner.

    Pour les romans, je ne suis pas encore passée à la librairie. Du coup, vu tes impressions, je vais peut-être plutôt commencer par l'"Extension du domaine de la lutte". Ce titre m'attirait beaucoup !

    Pour ton blog, j'ai été moi aussi heureuse de le découvrir. J'y suis arrivée par le biais de ton commentaire chez Deedee, je crois... Et sinon, je ne connais que très peu Marseille. "Mon" lecteur de Stephen King se trouvait à Paris.
    A croire qu'il existe une confrérie secrète, à travers toute la France ! l'idée me fait plaisir.

    Posté par GinaFizz, 08 février 2007 à 15:24

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