05 avril 2008
Kafka sur le rivage
Lire un roman de Murakami, c'est accepter de se laisser conduire dans un monde qui ressemble au nôtre et s'en distingue furieusement. C'est admettre que les chats puissent parler aux humains, que des poissons tombent du ciel en averse, que la vie se poursuive, un peu, à peine, bizarrement, ailleurs. Chez Murakami, tout ceci arrive. Ou peut arriver. Car il ne s'agit pas de fiction fantastique - ce serait trop simple - mais de ces légers dérapages du réel, si fortement reliés à nos imaginaires que l'on admet d'emblée leur surgissement au fil des pages. Le plausible n'est pas, en l'occurrence, la question.
Kafka sur le rivage, c'est l'étrangeté d'un titre et la bizarrerie d'une couverture. J'ai mis quelques mois avant de m'y plonger, car je savais que l'envie de lire viendrait, en son heure. Retrouver Murakami, c'est comme se glisser dans un fauteuil bien-aimé. On y est bien, on savoure ses repères, on lui renouvelle son attachement, tout en aimant parfois prendre le large et se dégourdir les jambes en d'autres contrées. Le début de ma lecture fut donc auréolée par la joie des retrouvailles. Mais si les repères existent, la différence s'impose toujours. Le suspense est l'une des forces majeures de cet auteur. Trois lignes, trois pages et hop ! Touché, captivé.
La trame de ce roman est basée sur la fugue d'un jeune garçon de quinze ans, Kafka Tamura, qui décide de partir afin de déjouer la prédiction pesant sur lui. Ailleurs, un homme d'une soixantaine d'années, simple d'esprit mais expert dans l'art de converser avec les chats, va se trouver à son tour poussé dans un périple dont il ignore l'exacte signification. Ces deux parcours se croisent, s'éclairent, s'expliquent en regard l'un de l'autre, dans une narration impeccable d'équité. Pour aller vite, on peut parler de parcours initiatiques. Il y est question d'Amour, de connaissance de soi, de destin, d'accomplissement et d'apprentissage. Jeunesse et vieillesse, vie et mort. L'excercice était périlleux, par bonheur, il est réussi !
Au-delà des magies surnaturelles se faufilant ici et là, je suis une fois encore sidérée par la capacité à dire le quotidien. Préparer un repas, voyager en voiture, se laver les dents : rien de bien extravagant. Et pourtant, si. L'étonnement se réinvente à chaque mouvement opéré par les personnages. Une grâce ? Un savoir ? Peut-être, juste, la littérature.
Si vous êtes tentés, Kafka sur le rivage est disponible en poche, chez 10/18.
Bon week-end !
Commentaires
Konnichiwa
J'aime beaucoup Murakami ; son écriture étrange et onirique ...^^
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