22 mars 2008
Le 22 mars 1968
Le 22 mars 68 est considéré comme l'origine du fameux mois de mai. A l'université de Nanterre, près de 150 étudiants ont décidé d'occuper la tour centrale administrative de leur fac. Un symbole fort, qui marque une opposition inédite à une époque marquée par sa rigidité. Parmi ces jeunes gens, Daniel Cohn-Bendit s'impose rapidement comme leader. Leur motivation ? La libre circulation des étudiants dans la résidence universitaire. Traduction moderne : que les filles et garçons puissent se voir librement, dans leurs chambres. Vue d'aujourd'hui, cette exigence paraît bien naturelle. A l'époque, elle déménageait carrément. Comment ? Les jeunes gens auraient une vie amoureuse avant le mariage ? Des envies d'intimité ? Misère !
En mars 68, une piscine vient d'être aménagée dans le campus. Le ministre de la jeunesse et des sports est invité à l'inaugurer. En réponse aux réclamations des étudiants, François Misoffe, ministre, eut une réaction formidable : "Si vous avez des problèmes sexuels, allez-vous tremper dans l’eau froide". Bien vu, monsieur le ministre !
La suite ? Un embrasement, une cause largement adoptée, un ras-le-bol généralisé. Grèves, manifs, revendications. Et tout cela avait commencé en mars, parce que la jeunesse rêvait d'amour et de printemps.*
*Bien sûr, pas seulement. Mais aussi.
18 février 2008
Juno, oui oui !
Il en va des comédies comme de chaque chose dans la vie : certaines surfent sur la lourdeur et d'autres, plus fines mouches, ont la séduction de la rareté.
A n'en pas douter, JUNO (de Jason Reitman) fait partie de cette dernière catégorie. A vue de nez ? L'histoire d'une gamine, un peu fantasque, qui se retrouve enceinte à 16 ans. Lycée, tourments, dénouement. Rideau.
Sauf que la demoiselle a de l'humour, de l'esprit, une originalité futée qui la rend attachante après trois minutes douze de pellicule. Juno observe à fond, comprend pas mal, adore le rock et s'exprime avec la grâce d'une charretière punk. Manque de bol, bébé s'annonce. Pas simple, quand on est encore au lycée et tout juste attirée par le sexe opposé.
Pour le reste ? Il est question d'adoption par un couple problématique, d'amitié grunge avec le père adoptant, de questionnements adolescents, d'avortement, de parents tolérants, de choix, d'amour, et aussi, d'un téléphone hamburger.
Evidemment, Ellen Page incarne à merveille cette délicieuse brunette. Mais elle est bien entourée : Michael Cera est parfait en jeune père fondant de balourdise, accro à Juno, au footing et aux tic tac. Quant à Jennifer Garner, elle figure à merveille les affres de la femme en mal d'enfant - un brin névrosée sur les bords, rions un peu.
On en sort amusé, charmé et durablement touché. Pas mal, pour une comédie.
29 décembre 2007
Après la fête...
Les lendemains de fête peuvent prendre des allures très variables, selon les années et les individus. Soulagement ? Regrets ? Lassitude ? Chacun son cas, très particulier.
Mais s'il est une certitude, au lendemain de Noël et durant la semaine nous conduisant à la nouvelle année, c'est que la vie a changé.
Adieu, course aux boutiques !
Les cadeaux ont accompli leur destin. Choisis, offerts, déballés. Ils ont enchanté, exaspéré, déçu, ou stupéfait : tel est leur sort, leur mystère prestement résolu. En ce 29 décembre, les montagnes de papier doré ont disparu dans le fin fond des bennes (Sauf dans ces logis méticuleux, où le papier cadeau se plie méthodiquement en vue d'un prochain paquet. Car, en effet, "ça peut toujours servir !").
Bref, l'heure est à la découverte, aux lectures de notices en austro-hongrois... mais plus aux ruées surpeuplées. Pour preuve, les magasins affichent des mines desespérément desertiques. Il y a toujours les retardataires, qui donnent une vague contenance aux vendeurs. Sauf que l'esprit de Noël n'y est plus. Vivement les soldes et à l'année prochaine !
L'émouvante appropriation des cadeaux...
Allez, vous êtes forts, vous êtes fous : je vous propose une expérience ! Lors de vos courses au Monop', amusez-vous (ça passe le temps), à démasquer les nouveaux cadeaux de vos congénaires. Celle-ci jette des oeillades langoureuses à son manteau, au rayon foie de veau ? Cadeau. Celui-là, tout occupé à faire défiler les morceaux sur un flambant Ipod Nano ? Cadeau. Arrivé dehors, un type vous coupe la route : il observe la rue, l'oeil halluciné de l'artiste en dialogue avec sa Muse, un appareil photo rivé aux mains ? Cadeau, cadeau, cadeau. (Dans ce dernier cas, on imagine le calvaire des potos, sommés d'acclamer les clichés très "nature urbaine" du photographe en herbe. On les soutient !)
La semaine prochaine, on remet ça ?
Oui, mais non. Les magasins pourront jouer les prolongations, ce dimanche encore, pour vous permettre de farcir - une seconde fois - le frigo en saumon, champagne et petits pois, LA fête est finie. Noël, c'est le charme des commencements. Nouvel An, c'est gardons le rythme, le pli est pris. On peut passer une très bonne soirée entre amis, voir Casse-noisette à l'Opéra Bastille ou tenter le réveillon parisien du Cirque Romanes: ça sent la fin.
Et peut-être, lestés de vos euros, à bloc côté kilos, peut-être me direz-vous : les fêtes, c'est bien aussi, quand ça s'arrête ?
15 novembre 2007
Giacometti s'expose à Paris
Giacometti, c'est L'Homme qui marche, les sculptures filiformes, le corps ne tenant qu'à un fil de bronze ou de plâtre. Mais c'est aussi le reste : une oeuvre pleine, entière, des choix et des manières. Souvent méconnues.
Pour découvrir ce qui se cache au-delà des figures émaciées, pourquoi ne pas faire un tour du côté de Beaubourg ? Avec la collaboration d'Annette Giacometti, le musée présente depuis le 17 octobre une rétrospective d'Alberto Giacometti (1901-1966).
A travers des documents d'archives (lettres, études, photographies), et une vaste représentation du travail de l'artiste (sculptures, peintures, dessins), on suit la progression d'une oeuvre rarement visible avec tant de précision.
Une scénographie judicieuse - une reconstitution d'atelier, une chambre obscure et de vastes espaces - accroche le regard et laisse agréablement libre. Car la richesse d'une exposition ne va pas nécessairement de pair avec un parcours labyrinthique !
Un plaisir en plus ? Découvrir les sculptures, avec vue sur l'horizon parisien.
L'Atelier de Giacometti vous attend jusqu'au 11 février 2008.
Centre Pompidou
M° Rambuteau
10€ tarif plein, 8€ tarif réduit.
Pour une pause déjeuner so chic !, le Georges vous tend les bras au même niveau. Une clientèle d'hommes d'affaires, de touristes élégants et de parisiens au courant. A partir de 12€, vous goûterez une cuisine sûre, dans la salle dessinée par Dominique Jacob et Brendan McFarlane. Cerise sur la visite ? Le ciel de Paris, visible à travers la large baie vitrée.
18 janvier 2007
Tchekhov à Bobigny, oh oui !

La MC93 de Bobigny réussit le petit exploit d'inciter les amateurs de théâtre parisiens à traverser le périph'. Pensez, avec le nombre de théâtres concentrés dans la capitale, il faut réellement frapper fort pour marquer sa différence - et la rendre séduisante.
Ce lundi 15 janvier vers 20h10, à la sortie du métro Bobigny-Pablo Picasso (terminus de la ligne 5, presque le bout du monde), une petite troupe se dirige, à l'aveugle, hésitant un peu sur la direction, vers le Boulevard Maurice Thorez. En point de mire ? La Maison de la Culture, où se joue un petit miracle de drôlerie.
Depuis le 8 janvier, Anton Tchekhov fait rire les publics. Pas sourire. Pas opiner gentiment. Rire. Avec élan, entrain, abandon de soi et pomettes en fête. Patrick Pineau a mis en scène trois pièces en un acte du célèbre auteur russe, et depuis le début du mois, le bonheur est dans la salle. Pans de murs répartis en scène, tableau encadré, symétriquement scindé, obscurité.
Nous sommes au théâtre. Les premiers accords du célèbre et renversant "The man I love" se font entendre. Préjugé positif immédiat, attendons la suite.
La suite ne déçoit pas. Au fil des trois pièces, très brèves (chacune dure environ 25 minutes), une identique saveur de langage, d'humour et d'ironie.
La demande en mariage, servie par Hervé Briaux, Laurence Cordier et Fabien Orcien démarre fort. Tchekhov sait glisser le rire entre les drames; dans cette traduction d'André Marcowicz, il est tout simplement irrésistible. A tel point qu'on s'imagine avoir vu le meilleur de la soirée, dans cette représentation inaugurale.
Erreur : Le tragédien malgré lui va presque plus loin, porté par la formidable performance de Patrick Pineau, défendant avec fureur et un volubile désespoir les malheurs de ce père de famille croulant sous ses tâches quotidiennes. Les rires fusent, le groupe de collégiens - ce redoutable public - craque et s'esclaffe à gorge déployée.
Quand vient la dernière pièce, L'Ours, charmant duel financiéro-amoureux, on regrette de devoir se séparer, déjà, de cet univers déjanté et - c'est sa force - totalement crédible.
La vie selon Tchekhov embrasse tout, dépasse tout, s'alimente de détails infimes qui ne le sont jamais vraiment. Si l'humour est là, c'est que la vérité n'est pas loin. Ce soir-là, Bobigny était le plus bel endroit du monde. Celui où il fallait être. Alors, allez-y ! C'est jusqu'au 4 février.
La demande en mariage,
Le tragédien malgré lui,
L'ours, d'Anton Tchekhov.
Mise en scène par Patrick Pineau.
MC93, 1 Bd Lénine. M° Bobigny-Pablo Picasso (ligne 5)
Du lundi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30.
Relâche le mercredi et jeudi.
15 janvier 2007
La traque des nazis

A l'échelle de l'humanité, tout est possible. D'ailleurs, beaucoup de choses ont été faites et continuent à se faire : du petit bonheur douillet au désespoir abyssal, sans oublier la part trop méconnue d'ignominies, racistes, sexistes, religieuses. Ou gratuites. (La chose arrive, les exemples pullulent. On peut se rafraîchir la mémoire en lisant ou relisant Gide).
Dans le cas des horreurs nazies, il a fallu, lors du fracassant Procès de Nuremberg en 1946, créer l'appellation de "crime contre l'humanité". Parce qu'à travers les souffrances de certains, qui ne sont pas nous, c'est la dignité d'homme qui a été violée.
Les crimes ont eu lieu, des images - aveuglantes, repoussantes, désastreuses pour l'imaginaire et les naïvetés - ont martelé les évidences : six millions d'individus sont morts à cause d'individus qui leur étaient (quoiqu'ils aient pu penser) semblables.
Les morts étant morts, les criminels ayant été désignés, on aurait pu croire que les sanctions - mais seront-elle jamais à la hauteur des crimes accomplis ? - seraient scupuleusement appliquées. Que les méchants payeraient, et peut-être, finiraient par prendre la mesure de leurs gestes passés.
Sauf qu'à l'échelle de l'humanité, tout est possible. La Justice, fut-elle internationale et pleine d'une évidente bonne volonté, ne suffit pas toujours à l'application des condamnations. Le Mal a existé, et continue son petit bonhomme de chemin. Juste, un peu plus secrètement. L'espace d'un temps. On se la joue discrétos, pour mettre en place des réseaux de fuite mitonnés aux petits oignons. Les criminels nazis ont été assez fous pour croire en leur folie, ils ne vont pas se plier à la Justice humaine !
Les criminels nazis ont donc filé prendre le soleil, faire le plein d'iode, et de profil bas. Peinards, en Amérique du Sud.
Heureusement, à l'échelle humaine, tout est possible. L'initiative de Simon Wiesenthal, puis celle de Beate et Serge Klarsfeld, ont pu voir le jour et grandir, jusqu'à devenir authentiquement efficaces. Leur but ? Poursuivre les coupables, là où ils étaient. Débusquer, alerter, secouer les esprits et les recherches.
Directement ou pas, leur engagement a mené à l'arrestation d'Adolf Eichmann en 1960, à celles de Kurt Linschka, Herbert Hagen, Ernst Heinrichsohn en 1979, ou encore celle de Klaus Barbie, entre autres tortionnaire de Jean Moulin et responsable de la déportation des 44 enfants d'Izieu.
France 2 diffuse ce soir "La traque des nazis", réalisé par Daniel Costelle et Isabelle Clarke. Revenant sur la poursuite des criminels en fuite, le documentaire rappelle également le nombre d'horreurs commises durant le Reich, images inédites à l'appuis. Choquantes, bien entendu. Mais peut-il en être autrement, dès lors qu'on aborde cette période de l'Histoire, si réellement inconcevable que chaque nouvelle photographie, chaque nouveau témoignage suscite encore et toujours un identique effroi ?
Pour se réconcilier avec l'humanité - au coeur de laquelle tout est possible, n'est-ce pas ? - on pourra suivre jeudi à 17h30 l'"Hommage de la nation aux Justes de France". Ces hommes et femmes, de tous millieux, qui ont permis parfois au péril de leur vie de sauver des Juifs de l'extérmination nazie. La cérémonie doit avoir lieu au Panthéon à Paris, autour de Jacques Chirac et Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.
"La traque des nazis", documentaire de Daniel Costelle et Isabelle Clarke.
Le 15 janvier à 20h50, sur France 2.
"Hommage de la nation aux Justes de France".
Jeudi 18 janvier à 17h30, sur France 2.
L'espoir ou le désespoir sont permis. A nous de choisir notre posture, la résistance passe par là.
Aussi.
05 décembre 2006
Sartre, l'âge des passions

Jean-Paul Sartre est mort il y a 25 ans. Pour lui rendre hommage (bénis soient les anniversaires, qui autorisent les retrouvailles !), France 2 lui consacre une fiction. Claude Goretta a réalisé deux épisodes de 90 minutes, diffusés la semaine prochaine, les 11 et 12 décembre à 20h50, avec Denis Podalydès (de la Comédie Française) dans le rôle principal.
L'idée est audacieuse. Mettre en images un homme de l'envergure littéraire, philosophique et politique de Sartre, son physique de séducteur hideux (la curiosité de son visage réinventé est immédiate), son aura tantôt étincelante, tantôt malmenée, d'intellectuel engagé : on a peine à imaginer la chose.
A la décharge de notre scepticisme, il faut rappeler que "Les amants du flore" (les jeunes années du couple Sartre-Beauvoir, version France 3) avait moins convaincu qu'amusé. N'est pas Sartre qui veut, même à la télé. Lorent Deutsch s'y est cassé le nez - il avait déjà du mal avec le fameux strabisme de son modèle...
Les Sartre se suivent et ne se ressemblent pas. Podalydès, voix grave, cheveux plaqués, oeil droit battant la campagne, est saisissant. Premier réflexe, on rit de le voir grimé en philosophe national. Mais il suffit d'oublier un instant Podalydès pour retrouver sous ses traits, un peu - et c'est déjà beaucoup - le visage bien connu. Clope au bec, gilet de laine et whisky à portée de main, rien n'est oublié de la petite mythologie sartrienne. A ses côtés, Anne Alvaro figure une Simone de Beauvoir confondante. Classe, beauté froide et cheveux enturbanés : le visuel est en place, on peut s'attaquer à la suite.
La suite, c'est un scénario bien fichu, prenant naissance en 1958. De Gaulle, FLN, action militante de Sartre, ses écrits monumentaux, ses amourettes. C'est aussi des bribes de pensée politique et philosophique, pas si courantes en praïme taïme à la télévision. Le travail sur ces films de spécialistes tels que Michel-Antoine Burnier ou Michel Contat offre, pour le téléspectateur averti, une garantie de sérieux. De fait, les dialogues ne sombrent jamais dans le pédantisme ou la bouffonerie. Sartre existe sur l'écran, d'une certaine manière. Autour de lui, une époque, où l'on s'extasie devant une télévision, où l'on se téléphone avec parcimonie et crève de l'envie d'être libre.
Comble de l'élégance, le pianiste Baptiste Trottignon (bien connu de "ceux qui aiment le jazz") signe l'accompagnement musicale.
Cette fiction ne prétend pas être une leçon au Collège de France, mais on peut y grapiller deux, trois idées. Ou mieux, y trouver l'envie d'en savoir plus. La réflexion naît de la curiosité, cultivons la !
21 novembre 2006
L'Homme est amour

Vendredi soir dernier, dans un music-hall de Sunset Boulevard à West Hollywood. Un public réjoui à l'idée de se marrer après une rude semaine (le lieu a pour nom Laugh Factory, l'usine à rire, voilà déjà de quoi se méfier), un comédien chargé de satisfaire aux exigences de l'enseigne.
Problème : il y a un raciste dans la salle.
Angoisse : il n'est sans doute pas seul.
Problème : le plus visible est sur scène.
Michael Richards, comédien connu pour avoir interprêté le rôle de Cosmo Kramer dans la célèbre série "Seinfeld", est sur scène. Il fait le show, s'agite, se donne. Un spectateur a le toupet de se manifester à plusieurs reprises. Il est noir. Changement de dimension : pris de colère, de folie furieuse ou de (repoussante) sincérité, Richards se met à insulter le type. Le pire du racisme ordinaire, la fine fleur de l'injure, un bouquet final d'ordures.
Derrière le comédien, le logo de la boîte (LAUGH) s'ébat sous les spots light. Dans la salle, quelques huées. Et des rires. Et oui ! On leur a dit de se marrer, ils ont payé, c'est vendredi soir, tout ça fait partie du spectacle. On leur débite des horreurs meurtières ? Hihi. On leur parle de négro ? Hoho.
L'angoisse est confirmée, le raciste en scène n'est pas seul. Il a tout un tas de potos qui s'esclaffent devant l'originalité de leur soirée. D'autant qu'on va en parler. Partout dans le monde.
Depuis vendredi soir, la vidéo enregistrée par le téléphone portable d'un spectateur circule sur toute la toile. On ignore si le spectateur aux réflexes d'acier appartient à la catégorie des hostiles ou des rieurs.
Lundi, Michael Richards s'est excusé : "Je suis mortifié de ce qui s'est passé et je présente mes excuses au public, aux Noirs, aux Latinos et aux Blancs, tous ceux qui étaient là et ont subi cette colère, cette haine".
Sans doute aura-t-il du mal à faire oublier ce fâcheux incident. Sa carrière en souffrira, certainement.
C'est moche.
Quant aux racistes invisibles sur la vidéo, ils vont bien, merci. Vendredi soir, ils iront peut-être se changer les idées dans un music-hall.
08 novembre 2006
Lydie Arickx, la passion de la démesure

Cette femme au sourire éclatant s'appelle Lydie Arickx.
Elle est peintre et sculptrice depuis plus de 30 ans.
Ecole supérieure des arts graphiques après une jeunesse dans l'Oise, puis une carrière consacrée aux couleurs, aux pigments, à leurs mélanges, à leurs élans sur la toile.
Elle sculpte le béton, peint et dessine sur le papier, l'ardoise, le bois, la toile, les carnets d'écolier, les livres de messe (oui, oui).
Il lui est arrivé de se déchirer les mains en peignant (à la main, donc) de vastes papiers de verre.
Autant dire qu'elle n'a peur de rien. Ou alors, avec ferveur !
On pourrait penser que ses toiles n'expriment guère le bonheur, qu'elles sont torturées, assez compliquées. Pourtant, quelque chose laisse croire à la joie. Lydie Aricks, 1,60 m, cloue sur place par la force bizarre de son rire - vif, aigu, pas loin de l'enfance. Rien d'étonnant pour elle, qui aime la démesure, les tableaux géants, la musique en peignant. Ses couleurs nous le racontent.
Originaire des Landes où elle vit aujourd'hui, Lydie Arickx se passionne aussi pour la corrida (Comme beaucoup de gens du sud-ouest. Pas tous, mais beaucoup. La fête les y invite, on peut comprendre.).
Certaines de ses toiles évoquent donc l'affrontement du toro, l'allure du torero, les habits de lumières ou banderilles. Mais elle n'est pas, loin s'en faut, un peintre "régional". Sa vision de la maternité, des extases amoureuses, de la géméllité, révèle une véritable fureur de couleurs.


Ces images donnent une légère idée. A peine une impression. Ses toiles les plus fortes sont visibles, unqiuement en vrai, actuellement à Paris. Et c'est tant mieux parce qu'elles demandent un regard véritablement présent. Il faut oser se mettre face à un mur, quand ce mur vous raconte les pires horreurs, ou bonheurs, ou étrangetés.
Lydie Arickx est exposée jusqu'au 23 décembre dans deux galeries de la capitale : Meyer Le Bihan (108, rue Vieille-du-Temple, 4e. Du mardi au samedi de 11 à 19h.) et Idées d'artistes (17, rue Quincampoix, 3e. Du mardi au samedi de 14 à 19h.)
En plus, tout cela se passe dans l'un des plus jolis quartiers de Paris.
Juste à côté, vous pourrez vous offrir des écharpes rayées de toute beauté.
Vous n'êtes pas tentés, vraiment ?
28 octobre 2006
Atget, l'art du détail

Eugène Atget est né en 1827.
A cette époque, Balzac cogite sur son premier roman (Les Chouans), Baudelaire est un gamin de Paris, Victor Hugo écrit Cromwell, dont la préface servira de Manifeste au mouvement romantique. Autant dire qu'il se passe des choses, dans cette France de 1827, et qu'elles ne ressemblent pas des masses à celles d'aujourd'hui...
Pour tout dire : Haussmann n'avait pas encore bricolé les rues de la capitale, pour les rendre plus commodes en cas de recours aux canons.
A cette époque, donc, Atget découvre le monde en commençant par Libourne - il faut bien commencer quelque part. Très vite orphelin, il est élevé par ses grands-parents, s'échappe bientôt en devenant mousse dans la Marine marchande, et navigue, jusqu'en 1877, sur un navire des lignes africaines.
Après cela, impossible de rester cloîtré en Gironde. Il faut tenter l'abordage de Paris, au moins !
Car le jeune homme est artiste. Après avoir accompli ses figures imposées (service militaire), il se présente au concours du Conservatoire. Echec. Re-tentative. Succès. S'ensuivent quinze années de petits rôles, sans grand triomphe, sans déshonneur. Mais sa qualité est ailleurs.
Bingo : c'est la photo !
Dès lors, Atget se consacre totalement à sa passion. Il photographie, tout, tout le temps, à chaque instant du jour. Ses travaux doivent au départ servir de support documentaire à des peintres et architectes, ils deviennent le témoignage d'un monde qui disparaît. Et a fait plus que disaparaître, depuis.
Paris et sa région passent sous la loupe de sa pupille. Versailles, St-Cloud, Arcueil, Montmartre, Paris, les gens, la rue, les petits commerces invisibles vingt ans plus tard, les musiciens de rue fagotés en croque-mort, les corsets précieux exposés en vitrine.
Tout, pourvu qu'un détail attire l'oeil. Pourvu que le microscopique, éventuellement peu intéressant, saute au regard comme une évidence.

Cet après-midi à Paris, au 5 rue Debeylleme (3e), la galerie Karsten Greve présente 49 tirages d'Eugène Atget, issus du prestigieux MoMA de New-York. Et vous avez de la chance : l'exposition dure jusqu'au 13 janvier 2007.
Alors si vous avez la flemme de traverser le périph' pour prendre l'air à St Cloud, allez voir du côté d'Atget. ll vous montrera ce que nos yeux et nos engins modernes ont souvent du mal à saisir : des arbres vivants, perlés de feuilles, de lumière et de vent.
Galerie Karsten Greve
5, rue Debeylleme (3e)
Du mardi au samedi, de 11 à 19h.
01-12-77-19-37







